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06.04.2008
Etymologie suite...
Le mot étymologie vient du grec etumos, "vrai" et logia, "théorie". L'étymologie est donc la "science de la vérité". Rechercher l'étymologie d'un mot, c'est reconstituer son ascendance jusqu'à son état le plus anciennement accessible. Les mots naissent, évoluent, disparaissent et parfois réapparaissent sous une forme différente mais ils conservent néanmoins, en eux-mêmes, la mémoire de leur identité première. Partir du début, retracer le chemin jusqu'aujourd'hui pour appréhender la vérité du concept.
Je reviens donc à la racine. Honte en francique, c'est haunipa. Le mot n'existe pas en latin en tout cas pas sous cette forme-là. Le francique, c'est la langue des anciens francs, faisant partie du germanique occidental et reconstituée de façon conjecturale. Nous sommes sous le signe de l'hypothétique... Le francique se mélange au latin vulgaire au Vème siècle après JC. Le mot signifie dédain, raillerie, mépris. Il est en rapport avec honnir.
Railler : tourner en ridicule, se moquer, ridiculiser.
dédain : mépris orgueilleux exprimé par l'air, le ton, les manières.
mépris : sentiment par lequel on juge quelqu'un, sa conduite condamnables, indignes d'estime, d'attention.
Honnir : vouer à l'exécration et au mépris publics en couvrant de honte.
Mon pressentiment se confirme : à la base, la honte n'était pas une émotion intériorisée mais un acte social. C'est la société qui couvre un individu de honte. Celui qui est frappé de honte est d'abord raillé, méprisé, voué à l'exécration publiquement par ceux de son groupe. C'est dans un deuxième temps seulement que l'individu va avoir honte. Il va boire sa honte et la digèrer. Il intègre ce déshonneur qui lui est fait et il devient un objet de honte. Il n'est pas banni de la société pour autant et ne peut en aucun cas racheter son honneur (à la différence du coupable qui lui est puni, condamné et qui peut se racheter aux yeux de la société en purgeant sa peine). Le honteux est sali, dégradé, déshonoré (donc indigne d'estime). Il a perdu une partie de son humanité, de ce qui faisait de lui un homme digne de réputation.
Frapper un homme de honte, c'est toucher à ce qui fait de lui un homme. A son noyau. Juger un homme coupable, c'est remettre en cause sa capacité à exercer son métier de citoyen. C'est toucher à son écorce. Rien de plus. La différence est ténue mais pour moi, ça prend sens.
Il reste à poser la question de savoir pourquoi il a été frappé de honte. A-t-il enfreint un code d'honneur pour en arriver là ? S'il a enfreint la loi écrite, il est coupable. Pour devenir un honteux, c'est plus un code moral non écrit qu'il a fallu enfreindre. Il est donc plus question de moralité et de dignité humaine dans la honte que de violation de règles juridiques. Honteux mais pas coupable... Coupable mais pas forcèment honteux... Le coupable peut se départir de sa culpabilité au prix d'une purgation de peine. Le honteux ne peut racheter sa honte. Honneur perdu ne se rachète pas.
Je continuerai à creuser la piste étymologique tel un privé à la recherche d'indices.
13:42 Publié dans Vocabulaire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : honte, étymologie, lexique
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