14.06.2008
Les manifestations de la honte
La honte se retrouve dans l'ensemble des activités humaines. On peut avoir honte de tout et de son contraire. Honte d'être analphabète comme honte d'être surdoué. On peut avoir honte d'être blanc comme honte d'être noir. La perception et le degré de honte varie selon les individus. Le site lahonteorg. a dressé une liste assez exhaustive de toutes les manifestations de la honte.
Sur le plan physique (corporel, racial, sexuel)
Honte d'être sale, d'être mal habillé, de sentir mauvais. Honte d'une partie de son corps, honte d'avoir un handicap. Honte d'être trop gros, trop grand ou trop petit. Honte d'être noir, jaune, blanc ou métisse. Honte d'être sourd, muet, borgne. Honte de dévoiler sa nudité, son impuissance, ses insatisfactions. Honte de se montrer, d'être vu. Honte de son sexe, honte de sa sexualité, honte de ses besoins corporels et sexuels.
Sur le plan affectif (familial et amical)
Honte de ses proches, de ceux qu’on aime, d’un parent, d’un frère, d’une soeur, d’un ami. Honte d'être le fils ou la fille de untel, honte d'être le "batard", honte d'être l'enfant du secret ou de la faute. Honte d’avoir honte de ceux qu’on aime et dont on a besoin d’être aimé. Honte de son infidélité ou de sa fidélité aux parents qu'on devrait honorer. Honte de ses besoins affectifs.
Sur le plan cognitif (intellectuel)
Honte de ne rien valoir, de ne rien savoir. Honte d'être un nul. Honte d'être analphabète. Honte d'être incompétent. Honte d'être un manuel, de ne pas avoir de diplôme. Honte d'être un intello, d'avoir trop de diplômes, honte d'être "une tronche" ou "une tête".
Sur le plan social et économique
Honte d’appartenir à un groupe, à une religion, à une entité économique, sociale, professionnelle: honte d'être un "prolo", d'être un bourgeois, d'être "catho" ou juif. Honte d'être pauvre, miséreux, chômeur, RMIste ou d'être parmi les exclus.
Sur le plan spirituel
Honte de n’avoir aucun sens à donner à sa vie, de ne pas être utile. Honte d’avoir perdu le désir d’exister. Honte d'être un pauvre type, d'être un paumé, un salaud ou mauvais. Honte d’être un homme confronté à l’inhumanité d’autres hommes.
17:24 Publié dans Analyse et réflexions | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : honte, manifestation, physique, social, économique, spirituel
08.06.2008
Les mécanismes de la honte - Le tiers honnisseur
Pour appréhender les mécanismes qui engendrent la honte, il faut d'abord comprendre que la honte est sociale. Il n'y a pas de honte sans l'existence d'autrui. La honte naît dans l'altérité.
La honte nécessite obligatoirement la présence d'un autre dans l'environnement : le tiers honnisseur. C'est un élément fondamental de la compréhension des mécanismes de la honte que d'étudier la présence de ce tiers honnisseur.
Qui est ce tiers honnisseur ?
Le tiers honnisseur peut être singulier (un parent, un professeur...) ou pluriel (des camarades de classe, les parents, un groupe,...). Le tiers honnisseur est celui qui fait honte, qui met la honte, qui rajoute parfois "T'as pas honte !". Le tiers honnisseur implique que, à terme, la présence de l’autre peut être dangereuse pour le sujet honteux, car susceptible de réactiver le vécu douloureux de la honte. Pour dépasser sa honte, il convient d'identifier ce tiers honnisseur qui est parfois multiple et protéiforme.
Comment transmet-il la honte au sujet honteux ?
La honte est un affect éminemment contagieux qui se transmet de personne à personne dans une logique de verticalité. Le tiers honnisseur peut choisir volontairement de porter la honte sur un autre individu mais le plus souvent, il n'est pas conscient qu'il transmet la honte à un autre individu. L'honnisseur envoie par différents biais des messages directs ou implicites au sujet honteux lui signifiant qu'il n'est pas digne d'être accepté ou aimé parce que quelque chose chez lui ne convient pas. On peut compléter le message ainsi: "Ce quelque chose fait que tu ne peux pas être O.K, tu ne peux pas être accepté ou aimé, tu n'es pas digne de cela, tu es moins bien que les autres". Le quelque chose qui cloche est généralement visible, indiscutable ou inchangeable. La personne ne peut que se sentir en faute ou coincée au niveau du contenu, son honneur et sa dignité étant touchés.
Quelles sont les conséquences de cette transmission ?
Les expressions "Faire honte","Porter la honte" montrent que la honte est externe au sujet au départ pour ensuite intérioriser son Être. Petit à petit, la honte fragilise et endommage l'identité. Elle creuse ainsi son sillon dans la personnalité par passages successifs. Elle fonctionne en spirale en poussant le sujet à la fois vers le bas ("ego" brisé, déficit narcissique, forme dans la soumission) ou vers le haut ("ego" surdimensionné, excès narcissique, forme dans la domination, forme réactionnelle et défensive).
Les conséquences de la honte à un niveau individuel sont multiples. Elles se manifestent à des degrés et dans des logiques différentes suivants les individus. Certains vont développer un sentiment d'impuissance, d'autres seront inhibés dans leurs actions. Beaucoup d'individus honteux ressentiront une perte de l'estime de soi, un sentiment de déchéance ou développeront un sentiment de perte de leur identité.
Pour Freud, on peut reconnaître l'identité d'un élément psychique au fait qu'il soit déplaçable. La honte peut se cacher et se manifester sous d'autres formes : la colère, la culpabilité, la dépression, la jalousie, la névrose obsessionnelle. La honte sera plus difficile à détecter dans ces cas-là cachée par un autre affect émotionnel.
La réception de la hontePlacé devant une situation analogue, les individus seront plus ou moins touchés par la honte suivant leur sensibilité et leur histoire psychologique. Le sujet qui reçoit le message de honte sera d'autant plus sensible à celui-ci qu'il a tendance à se juger ou à se comparer aux autres. Sur ce point, on notera que le sujet sensible à la honte a souvent tendance à s'imposer à lui-même des niveaux d'exigence et de contrôle élevés. Ses messages internes "Sois parfait" et "Sois fort" sont généralement très développés, ce qui fait qu'il se juge et renforce son expérience de honte.
16:26 Publié dans Analyse et réflexions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : honte, symptôme, transmission, réception
29.05.2008
Pour une clinique sociale de la honte
La honte de Serge Tisseron
Préface à l'édition de 2007
Quinze ans après la première édition de cet ouvrage, la loi du silence qui a si longtemps fait taire la honte est enfin rompue. Ceux qui l'ont éprouvée un jour ont compris que la dire permet de vivre différemment, et ceux qui sont chargés de l'écouter en ont compris l'importance. Des écrivains se risquent à évoquer sa place dans leur vie et plus seulement à travers des personnages de fiction, des adolescents la revendiquent - rappelons-nous les pancartes "C'est la honte" ou "J'ai la gerbe" après le premier tour des élections présidentielles de 2002 - et le président Gerhard Schröder l'assume pour son pays lorsqu'il déclare "vouloir dire sa honte" aux victimes du nazisme [...]
Qu'est-ce que la honte altère ?
La honte témoigne d'une altération des trois domaines essentiels sur lesquels nous bâtissons notre identité et notre relations aux autres :
- SOI : L'estime que nous portons à nous-mêmes - qu'on appelle le narcissisme. Lorsque l'estime de soi est atteinte, le sujet honteux perd toute valeur à ses propres yeux.
- LES AUTRES : L'affection qui nous lie à nos proches. L'atteinte de la seconde - dont le socle est constitué par les liens affectifs - s'accompagne du sentiment de ne plus être aimé de ceux qu'on aime.
- LA SOCIETE : Notre certitude de faire partie d'une communauté qui nous accepte. Quand le sentiment d'appartenance est menacé, c'est non seulement le sentiment de ne plus être aimé qui est atteint, mais même celui de pouvoir intéresser qui que ce soit.
10:58 Publié dans Analyse et réflexions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : honte, silence, estime de soi
07.04.2008
Psychanalyse
Lu sur le site de lahonte.org
L'inhibition de l'action
La honte bloque la capacité d'agir et de dire du sujet honteux. Elle va amener le sujet à se cacher, à se taire et à développer des stratégies d'évitement, par exemple pour ne pas prendre la parole en public ou en réunion.
L'inhibition de la honte est renforcée par les mécanismes inconscients de défense chez le sujet honteux. Souvent, le sujet honteux ne comprend pas ce qui lui arrive, il le cache à l'extérieur, et il se le cache intérieurement. La honte est ainsi une émotion où le sujet n'a accès facilement ni aux mots, ni aux ressentis.
Commentaire personnel :
C'est ce qui m'est arrivé. Bloquée, incapable d'agir, de sentir, de dire.
Pour accèder à la parole, je suis devenue sur le tard professeur de français. Révolution intérieure, psychothérapie assurée. Voilà, mes élèves sont obligés de m'écouter. De par ma position, j'interroge les mots, les miens et ceux des autres, sans cesse, inlassablement, jusqu'à l'épuisement, jusqu'à l'écoeurement parfois.
Le ressenti, je l'ai étouffé jusqu'à ne plus produire d'émotions. Pendant longtemps, des années, presque une vie entière. Aussi loin que je remonte, je ne vois que cela.
Et la colère ? Je ne me mets jamais en colère. Pire, je ne la ressens pas. Elle ne monte pas en moi. Quand je suis face à une situation qui devrait générer chez moi de la colère, je me coupe en deux et je regarde l'événement avec distance et froideur, j'analyse, je calcule, je pardonne et je passe immédiatement à autre chose. Intérieurement, je ne sais pas gérer l'affect d'un conflit : trop puissant pour moi.
Blocage, inhibition, défense, fuite, évitement. Pas d'émotions, perte du langage, mise à distance des contacts humains...Pas joli, joli...
09:17 Publié dans Analyse et réflexions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : honte, psychanalyse, ressenti, inhibition